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| ** CONTE AFRICAIN ** ANANSE L'ARAIGNEE ** |
| ** EXTRAIT DE " 100 CONTES DU MONDE ENTIER " ** FLAMMARION ** TEXTE DE ASHLEY BRYAN ** |

** CONTE AFRICAIN **
** ANANSE L'ARAIGNEE **

Je n'ai jamais dit
et je ne dirai jamais que
cette histoire est
tout à fait vraie.
Pourtant,
écoutez plutôt.
C'est l'aventure de l'araignée
qui cherchait un imbécile.
En ce temps-là,
il y a très longtemps,
Anansé l'araignée vivait
au bord de la mer.
L'océan regorgeait de poissons,
le long des côtes de ce pays.

Du poisson,mais aussi des crabes,
des homards, des langoustes...
De quoi faire festin tous les jours,
à condition, bien sûr,de se donner
la peine de pêcher.
  
 
Or l'araignée n'aimait pas
beaucoup se fatiguer.
- Ah, que j'aimerais prendre
du poisson et le vendre!
soupirait-elle.
Seulement, pour l'attraper,
quel travail!
Fabriquer des nasses,
les poser...
Hé,mais je sais ce qu'il me faut:
un imbécile, un pauvre nigaud,
pour faire tout le travail
à ma place.

Trouver un imbécile,
se disait l'araignée,
ce n'était sûrement pas sorcier.
Elle en ferait son associé.
Lui pêcherait des tas de poissons
qu'elle irait vendre au marché.
Elle garderait tous les sous
pour elle et deviendrait riche,
riche, cousue d'or.

~ Mon imbécile,
pour le prix de sa peine,
je lui laisserai un poisson
ou deux,
de ceux dont les clients
ne veulent pas,
et peut-être un crabe
les jours de fête.
Mais pas de sous,
c'est évident, pas de sous.
Qu'est ce qu'un imbécile
irait faire de sous?
Et l'araignée se mit en route,
à la recherche d'un imbécile.

Elle entra dans le village
en lançant à tous les échos:
- Un imbécile!
Il me faut un imbécile!
Elle avisa une femme
qui tournait la soupe
dans un grand chaudron.

- Je cherche un imbécile,
pour pêcher à ma place.
Mais l'autre éclata de rire
en brandissant sa cuillère en bois.
- Un imbécile?
Ce n'est pas ce qui manque!
J'en vois passer à chaque instant.
Sur ce chemin d'où tu viens,
justement!

L'araignée ne savait trop qu'en penser.
Elle poursuivit sa route.
Elle arriva sur la plage,
s'approcha d'un pêcheur
qui ravaudait son filet.

- Je cherche un imbécile.
- Un grain de mil ?
- Un imbécile.
- Un crocodile?
-Non! Un imbécile.
Un nigaud, quoi!
- Ah,un magot!
Pardi,moi aussi.
Mais tu penses bien que si
je m'en trouve un,
je me le garde.
- J'ai dit: un IM-BÉ-CI-LE !
corna l'araignée.
Et elle s'en fut en marmottant.
Un imbécile,elle en tenait bien un,
oui,mais sourd comme un pot.

Elle eut beau chercher,rien à faire.
C'était partout le même refrain.
Des imbéciles,elle en voyait
partout mais aucun ne faisait
l'affaire.
Elle était sur le point
de se décourager...

C'est alors qu'elle avisa un faucon.
Elle décida de ruser:
- Oh, bonjour, frère Faucon.
Si tu venais pêcher avec moi?
Tu m'aiderais à poser des nasses.
Mais le faucon avait l'ouïe fine.
Ce que cherchait l'araignée,
il le savait très bien.

Il n'avait rien d'un imbécile
et ne comptait pas
se laisser berner.
- Et pour quoi faire, poser des nasses?
Je n'ai pas besoin de poisson, moi.
J'ai de la viande à foison.
Du haut de son arbre,
le corbeau avait tout entendu.
Il descendit d'un coup d'aile et
dit à l'araignée:

- Poser des nasses?
Et pourquoi pas?
Je viens avec toi.
L'araignée en sauta de joie.
-Attends-moi là, Corbeau.
Je vais chercher mon coutelas.
J'en ai pour deux minutes.

Le corbeau attendit à l'ombre
d'un fromager.
( Très grand arbre tropical,
aux fruits couverts d'une ouate
végétale, le kapok.)
Mais sitôt l'araignée hors de vue,
le faucon vint le trouver. '
- Frère, méfie-toi d'Anansé.
Tout ce qu'elle cherche,
c'est un imbécile,
pour faire le travail à sa place.
Et quand le poisson sera pris,
dis-toi qu'elle compte aller le vendre
et se garder tous les sous pour elle.
- Hélà, dit le corbeau.
Je n'en savais rien,moi!
Mais maintenant je sais.
Merci, Faucon.

Ne m'en dis pas plus,
j'ai mon idée.
Je vais faire semblant d'être d'accord
avec Anansé, et nous verrons
qui de nous deux fera tout le travail
et qui se gardera les sous.

L'araignée revint bientôt
avec son coutelas.
- Viens, Corbeau.
Allons dans la brousse
couper des tiges de palmier
pour nos nasses.

Au pied du premier palmier,
le corbeau dit à l'araignée:
- Anansé, donne-moi ce couteau.
Je vais couper les tiges.
Toi, tu restes assise ici
et tu prends ma fatigue,
d'accord?
Mais l'araignée n'était pas d'accord.
- Holà, Corbeau, tu me prends pour quoi?
Pour une imbécile?
Non non, c'est moi qui coupe.
Toi, tu restes assis là
et tu te charges de toute la fatigue.
Et l'araignée coupa, coupa,
des heures durant, tandis que le corbeau
se prélassait à l'ombre en poussant
de grands soupirs épuisés.

Les tiges coupées,
le corbeau aida l'araignée
à les lier en bottes et déclara:

- Allons, Anansé, laisse-moi porter ce
fardeau. Toi, tu n'as qu'à me suvre.
Je te laisse la fatigue
et le tour de reins.
- Taratata, Corbeau! Tu me prends
pour quoi, pour une imbécile?
Pas question. Aide-moi plutôt à charger
ce paquet sur ma tête.
C'est moi qui le porterai,
pas d'histoires.
À toi la fatigue et le tour de reins.

Et le corbeau se contenta de suivre,
en soupirant et gémissant à la perfection,
comme s'il souffrait le martyre à chaque pas.
Anansé l'araignée transportait le fardeau.
Devant la case de l'araignée,
le corbeau l'aida à se décharger
et déclara:

- Et maintenant, laisse-moi fabriquer
ces nasses. Mais si, laisse-moi faire.
À toi la fatigue et les crampes aux doigts.
- Jamais! dit l'araignée. Tu veux rire.
Si quelqu'un s'y connaît en tissage
et vannerie,c'est bien moi.
Laisse-moi tresser ces tiges
et à toi la fatigue.

- Le corbeau se vautra sur la meilleure
natte de la case, et se mit à gémir,
à geindre,à soupirer avec plus d'ardeur
que jamais.
- Imbécile, dit l'araignée.
Tu n'as donc rien dans la cervelle?
À t'entendre on te croirait
à l'article de la mort.
Et elle se mit à l'ouvrage.

Et croise, et tords,
et tisse et tresse,..
Au bout d'un long après-midi
elle avait confectionné
deux belles nasses.
Le corbeau sauta sur ses pattes.

- Anansé, cette fois, sois gentille.
Laisse-moi porter ces nasses à l'eau.
À ton tour de prendre la fatigue.
Moi je n'en peux plus, tu sais!
- Tiens donc! dit l'araignée.
Sûrement pas! Je les ai fabriquées,
je les transporte.
Toi, suis-moi, et prends la fatigue.
D'ailleurs tu fais ça très bien.

Et ils descendirent au rivage.
L'araignée allait à pas comptés,
les nasses en équilibre sur sa tête.
Le corbeau suivait, traînant la patte,
avec des gémissements à faire frémir
la brousse entière.
Au bord de l'eau, le corbeau dit:

- Anansé,tu ne le sais peut-être pas,
mais une bête féroce habite là,
dans la mer.
Laisse-moi me mettre à l'eau
et poser ces nasses.
Et si jamais la bête me mord,
à toi de mourir à ma place.
- Turlututu, dit l'araignée.
Tu ne vas pas croire
que je vais dire oui?
Non non, ces nasses,
c'est moi qui les pose.
Si la bête me mord, tu meurs.

Et l'araignée s'en fut patauger,
poser les nasses,les garnir d'appâts.
Pendant ce temps,les pattes au sec,
le corbeau la regardait faire.
Puis tous deux rentrèrent se coucher
dans la case de l'araignée.
Le lendemain, au petit jour,
ils descendirent en hâte au rivage.
Dans chaque nasse, il y avait un poisson.
Le corbeau dit à l'araignée:
- Deux poissons, quelle chance, Anansé !
Ces deux-là, prends-les, ils sont pour toi.
Demain, il y en aura quatre,
et ce sera mon tour de les prendre

- Tricheur! s'écria l'araignée.
Tu me prends pour quoi, pour une imbécile?
Merci bien.
Ces deux poissons,tu peux te les garder.
Demain, c'est moi qui prendrai les quatre.

Le corbeau prit les poissons sans se faire
prier. Avec une poignée de manioc, un peu
d'huile et des épices, il se mijota un bon
foutou et s'en régala tout seul.
(Foutou:plat complet africain aux innombrables variantes :viande ou poisson plus céréales et fruits)

Le lendemain, de bon matin, le corbeau et
l'araignée retournèrent inspecter les nasses.
Il y avait là quatre poissons.

Le corbeau dit à l'araignée:
- Quatre poissons, quelle chance, Anansé !
Prends-les ils sont à toi.
Les prochains seront pour moi.
Demain, avec tout cet appât, il y en aura
bien huit au moins!
Mais l'araignée se récria:
- Dis-donc! Tu crois que je vais
me laisser faire?
Ces quatre-là, prends-les,je n'en veux pas. Demain les huit seront pour moi.

Le corbeau prit les poissons et les mit à
frire tous les quatre.
Il se mitonna un foutou de roi
et n'en laissa pas une miette.
Le lendemain, dans les nasses,
il y avait huit poissons superbes.
Le corbeau dit à sa commère :

- Huit poissons, et des gros!
Tu en as de la chance, Araignée!
Allons, prends-les, moi j'attends demain.
Il y en aura seize, c'est certain.
Et ils seront pour moi, bien sûr.

- J'aimerais voir ça! dit l'araignée.
Non mais, tu me prends pour une imbécile?
La pêche d'aujourd'hui, je te la laisse.
Je me réserve celle de demain.
Le corbeau prit les poissons et les mit
à cuire au four.
Il s'en fit un foutou d'empereur
qu'il eut peine à terminer.

Le lendemain, dans les nasses, il y avait
bel et bien seize poissons.
Mais ils s'étaient tant trémoussés, tant débattus, tant démenés,que les nasses
avaient triste mine.
Le corbeau dit à l'araignée:
- Anansé, regarde-moi ça.
Ces pauvres nasses ont piètre allure.
Elles ne prendront plus un seul poisson.
Mais je parierais que sur le marché
il se trouverait encore un imbécile
pour les acheter.
Prends ces poissons,
laisse-moi les nattes.
Je me fais fort d'en tirer bon prix.

L'araignée faillit se fâcher.
- Hors de question,mon cher Corbeau.
Les poissons, c'est toi qui les prends.
Tu en feras ce que tu voudras,
mais moi je vais vendre ces nasses
et le magot que j'en tirerai sera
pour moi.
Le corbeau prit les seize poissons,
l'araignée ce qu'il restait des nasses,
et tous deux se rendirent au village voisin,
un peu plus loin dans les terres.
Là, ils s'installèrent
sur la place du marché.

Le corbeau n'avait pas plus tôt étalé
ses poissons tout frais qu'une nuée
d'acheteurs se pressait alentour.
En un clin d'oeil il eut tout vendu.
Il aurait eu trente-deux poissons qu'il
les aurait vendus tout pareil.
Ou soixante-quatre,
ou même cent vingt-huit.

Mais peu lui importait.
Sa bourse était pleine, il était content.

Ses clients dispersés,
le corbeau retrouva l'araignée,
toujours accroupie seule dans son coin,
avec ses deux nasses à vendre.
Il alla lui porter conseil:
- Mais ne reste pas plantée comme ça !
Promène-toi avec ta marchandise.
Fais voir aux gens tes belles nasses.
Crie bien fort que tu veux les vendre,
qu'elles vaudraient une fortune
chez un antiquaire!
Allez, un peu de publicité, quoi,
fais entendre ta voix !

L'araignée sauta sur ses pieds et cria,
tout émoustillée:
Qui veut des nasses, un vrai trésor?
Antiques et belles et tout usées,
la fine fleur des beaux objets?
Je les cède contre leur poids d'or?
Le chef du village, à ces mots,
manqua de s'étrangler.
Qui osait lancer pareilles sottises
sur sa grand-place?
Qui prenait les siens pour des imbéciles?
Il appela ses gardes:
- Dites, d'où sort-il, j'aimerais le savoir,
l'énergumène que j'entends là ?
Qu'on me l'amène immédiatement.
L'araignée ne se fit pas prier.
Déjà elle calculait combien d'or
ou de riches coquillages
elle allait retirer de cette vente.
Mais la grosse voix du chef
l'arracha à son rêve:
- Holà, toi! Dis voir un peu!
Où te crois-tu ?
Au royaume des imbéciles?
L'araignée se mit à trembler.
- Ton ami Corbeau est venu nous vendre
du poisson splendide,
et il en a tiré bon prix.
Tu étais à côté,tu aurais dû comprendre:
nous ne sommes pas fous, ici.
Ni les uns ni les autres.
Et toi tu voudrais nous refiler,
ou plutôt vendre à prix d'or,
tes deux nasses déglinguées
qui ne valent pas un grain de mil?
Le chef était si furieux qu'il appela
ses hommes:
- Qu'on lui donne le fouet!

L'araignée voulut fuir, mais elle se prit
les pattes dans ce qui restait de ses nasses. Plus elle se débattait,
plus elle s'entortillait dans ce fatras.
Elle était prise à son propre piège.

Et les coups pleuvaient,
et Anansé pleurait:
- Pui -pui, pui -pui ! Pitié!
C'est bientôt fini, je vous prie?
De grosses larmes de douleur perlaient
aux yeux de l'araignée.
Des larmes de douleur,
mais des larmes de honte aussi:
elle venait de comprendre, un peu tard,
qu'à vouloir berner son prochain
on finit toujours par se berner soi même.
 |  | | > Commentaire(2) | |
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| ** CONTE DE L'OCEAN INDIEN ** LE HERISSON ET LE CAIMAN **SUITE -4 -** |
| ** EXTRAIT DE " 100 CONTES DU MONDE ENTIER " ** FLAMMARION ** TEXTE DE DANIEL VAXELAIRE ** |

** CONTE DE L'OCEAN INDIEN **
**LE HERISSON ET LE CAIMAN **
** SUITE ** 4 **

Tandraka aurait aimé rappeler
que la semaine précédente,
le repas du caïman était
bien plus repoussant
que ces délices:
ah, qu'il est difficile
de contenter un être
si différent de soi!

Il minauda :
–Faites l'effort de goûter,
grand seigneur.
Il ne faut pas avoir de préjugé...
–Préjugé ?
Fou de colère, le caïman balaya
le festin d'un coup de patte
et se précipita sur le tangue.

–Tu t'es moqué de moi?
Eh bien, tu me serviras d'apéritif!
Et après ça, une ou deux poules,
ou bien un mollet
de lavandière imprudente.
On l'a dit:
un caïman en colère peut être rapide
comme la foudre.

Tandraka n'eut pas
le temps de cligner de l'œil
qu'il était happé
par la mâchoire immense,
laquelle se referma sur lui
comme un coffre de cuir.

Si le caïman avait été malin,
il aurait laissé le tangue
étouffer dans sa gueule,
il l'aurait mis à faisander
pendant quelques jours
dans son garde-manger et aurait pu
le déguster tranquillement,
une fois que les épines
seraient tombées.

Mais la colère
est mauvaise conseillère
et le grand reptile,
allongeant son gosier,
avala tout rond l'insolent
qui avait osé lui proposer
des sauterelles.

Erreur ! Erreur fatale !
Car arrivé dans l'estomac,
Tandraka hérissa ses épines.
De bien faibles épines, certes,
mais l'estomac d'un caïman
n'est pas fait pour résister
à mille petits poignards.

Voay eut beau se tordre
et se débattre,
la douleur était telle
qu'il fut bien obligé
de recracher sa proie.

Depuis, plus aucun caïman
ne se risque à avaler un tangue,
sur les bords de la rivière Betsiboka
ou même ailleurs...
** FIN **

|  | | > Commentaire(3) | |
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| ** CONTE DE L'OCEAN INDIEN ** LE HERISSON ET LE CAIMAN **SUITE -3 -** |
| ** EXTRAIT DE " 100 CONTES DU MONDE ENTIER " ** FLAMMARION ** TEXTE DE DANIEL VAXELAIRE ** |

** CONTE DE L'OCEAN INDIEN **
**LE HERISSON ET LE CAIMAN **
** SUITE ** 3 **

–Monsieur Voay ?
Les caïmans habitent une maison
souterraine, dans laquelle on entre
par un tunnel qui passe sous l'eau.
Quand ils ont capturé une proie,
ils l'entraînent dans ce logis.
Si elle est suffisamment petite,
ils la mangent tout de suite.
Si elle est vraiment grosse,
ils la laissent un peu pourrir
pour que les morceaux se détachent
plus facilement.

Tout cela pour dire que Tandraka
s'était mis en peine pour rien:
un caïman, cela sent infiniment
plus mauvais qu'un tangue.
–Monsieur Voay ?
L'immense tête aux yeux verts apparut
soudain, si près que Tandraka
ne put s'empêcher de sauter en arrière.
Voay n'avait-il pas oublié sa promesse ?
–Grand seigneur ! s'écria Tandraka.
Quelle élégance, quelle grâce!
Il n'y a pas, sur les bords
de cette rivière et peut-être même
sur cette île entière,
d'être plus beau et noble que vous !
On entendit le cri de protestation
indignée d'un héron qui pêchait par là
et, dans les arbres,
le grognement moqueur d'un lémurien.

Mais que pèse l'avis de bestioles
ridicules face au sourire d'un caïman ?
–Je vous attendais!
Suivez-moi : le festin est prêt !
En guise de festin,
Voay avait éventré une chèvre,
dont les tripes empestaient
tout le voisinage.

Tandraka fit semblant de manger
et meubla le temps de mots aimables.
Puis il fut bien obligé de rendre
sa politesse au caïman :
–La semaine prochaine, chez moi ?
Voay fut ponctuel :
le soleil se levait à peine
que son pas puissant ébranlait la terre,
faisant fuir tous les animaux à la ronde.
Certaines personnes disent
que les caïmans n'ont pas de mémoire.
C'est faux: promettez-leur un bon repas,
par exemple en venant vous baigner
tous les jours à la rivière,
et vous verrez qu'ils sont capables
de se souvenir du rendez-vous...

Tandraka était bien embêté :
il n'avait pas pu, évidemment,
capturer la moindre chèvre,
ni même un poussin.
Aussi avait-il disposé avec art,
sur une feuille de ravenale * ,
tout un assortiment de sauterelles,
de vermisseaux, de petits escargots
et de vers de terre.

–C'est une joie de vous recevoir,
mon puissant et grand ami et...
Un rugissement coupa ces politesses.
–Tu crois peut-être
que je vais avaler cette cochonnerie?

A suivre....
* RAVENALE: "Arbre des voyageurs"
de Madagascar dont les feuilles
sont larges et lisses
comme celles du bananier.

|  | | > Commentaire(3) | |
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| ** CONTE DE L'OCEAN INDIEN ** LE HERISSON ET LE CAIMAN **SUITE -2 -** |
| ** EXTRAIT DE " 100 CONTES DU MONDE ENTIER " ** FLAMMARION ** TEXTE DE DANIEL VAXELAIRE ** |

** CONTE DE L'OCEAN INDIEN **
**LE HERISSON ET LE CAIMAN **
** SUITE ** 2 **

Trop tard pour se sauver:
celui qui n'a jamais vu un caïman
en pleine course ne sait pas
ce que vitesse veut dire.
Tandraka ouvrit donc
son plus large sourire
(ce qui n'est pas beaucoup,
car la bouche d'un tangue
est vraiment toute petite)
et, de sa voix flûtée,
il tressa un compliment
comme seuls les grands de ce monde
les apprécient :

– Que je suis aise
de vous avoir rencontré,
mon auguste et princier aîné !
J'hésite souvent
à vous adresser la parole,
craignant de vous déranger,
mais puisque le hasard
me met sur votre route. ..
Et il lui tortilla ainsi
pendant un bon quart d'heure
toute une guirlande d'amabilités.

Un individu ordinaire
lui aurait ri au nez,
mais le caïman n'avait pas l'habitude
de ces gentillesses.

Généralement,
quand il rencontrait un animal,
ou bien celui -ci se sauvait en courant,
ou bien il finissait dans son gosier
avant d'avoir pu placer un mot.
Les paroles de Tandraka étaient donc
comme du miel dans ses oreilles.

En outre, il avait dévoré la veille
une vache grasse et son gardien,
qui lui gargouillaient encore
dans le ventre :
il n'y avait pas la place,
même pour un petit tangue
de rien du tout.

– Vous gagnez à être connu,
très cher, bâilla-t-il enfin.
Il faut que je m'offre une petite sieste,
sinon j'aurai des flatulences,
mais que diriez-vous de venir dîner
à la maison la semaine prochaine ?

Rendez-vous fut pris et
Tandraka passa la semaine
à se frotter le museau et les pattes
pour être le plus propre possible.

Chacun sait que le caïman
n'a guère de flair,
mais le tangue dégage
une forte odeur de gibier;
aussi se roula-t-il
dans les herbes sauvages
qui peuplent la savane sèche,
pour s'imprégner de leur parfum.
Et c'est ainsi pomponné
qu'il se présenta
à l’antre du caïman.

A suivre....

|  | | > Commentaire(2) | |
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| ** CONTE DE L'OCEAN INDIEN ** LE HERISSON ET LE CAIMAN ** 1 ** |
| ** EXTRAIT DE " 100 CONTES DU MONDE ENTIER " ** FLAMMARION ** TEXTE DE DANIEL VAXELAIRE ** |
** CONTE DE L'OCEAN INDIEN **
** LE HERISSON ET LE CAIMAN ** 1 **

D’abord, il faut vous présenter
le « tangue »,le hérisson de Madagascar.
Ce n'est pas une grosse boule hérissée
de piquants comme le hérisson d'Europe
mais un animal beaucoup plus fin,
au nez pointu, avec des narines roses
et des yeux malicieux.
Les habitants de l'île de la Réunion,
où il a été importé
(parce que c'est un grand mangeur
de sauterelles
et autres insectes nuisibles),
l'ont surnommé « Ti figure »,
« Ti cochon des bois »
ou encore « Ti museau ».

On le nomme aussi "tenrec".
Ses épines ne sont pas aussi terribles
que celles du hérisson d'Europe.
En fait, ce sont des poils très durs
qui peuvent se dresser en cas de danger,
mais qui ne constituent pas une défense
très efficace:
la meilleure sauvegarde du tangue
est la discrétion et la ruse.
C'est pourquoi il est le héros de nombreuses histoires.

Le premier tangue de l'histoire
se nommait Tandraka.
Il vivait sur les bords
de la grande rivière Betsiboka,
dans le pays Sakalave,
sur la côte ouest de la Grande Ile.
Un jour qu'il se promenait
au bord du cours d'eau,
fouillant la vase
du bout de son nez rose
à la recherche de vermisseaux bien gras,
il buta contre un tronc d'arbre.

On n'est pas toujours très attentif
quand on a vraiment faim,
et Tandraka ne s'aperçut
pas tout de suite à quel genre de tronc
il avait affaire.
Quand la souche ouvrit un œil vert,
traversé d'une pupille oblique
et froide comme la mort,
Tandraka sentit tous ses poils
se hérisser de terreur:
il avait heurté Voay, le caïman!

A suivre ...

|  | | > Commentaire(3) | |
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 |
| **CONTE NORVEGIEN **L'OURS QUI AVAIT PRIS LE SOLEIL ** (3)** |
| ** EXTRAIT DE " 100 CONTES DU MONDE ENTIER " ** FLAMMARION **TEXTE DE MICHEL BOURNAUD ** |
**CONTE NORVEGIEN **
**L'OURS QUI AVAIT PRIS LE SOLEIL **
**(3)**

L'ours souffla son haleine tiède
sur la nuque de l'enfant
qu'il alla déposer
sur un nid d'herbes sèches,
bien enfoui sous la neige.
L'enfant s'endormit, comme l'ours,
pendant cent jours et cent nuits.
À son réveil, il eut l'impression
de n'avoir dormi qu'une seule nuit.
Il ouvrit les yeux, s'étira.
La neige fondait,
des primevères avaient fleuri,
c'était le printemps!
Et un beau soleil brillait!

-Je savais bien que l'ours
le rapporterait...se dit-il.
Pierre reprit le chemin de sa maison.
Il marcha longtemps, mais maintenant
le sol était doux sous ses pas.
Arrivé près de chez lui,
il eut une joie immense:
sa petite sœur, les joues toutes roses,
était en train de s'amuser
devant la porte,au grand soleil
de printemps,un bouquet de fleurs
dans sa petite main...
FIN.

|  | | > Commentaire(3) | |
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 |
| **CONTE NORVEGIEN **L'OURS QUI AVAIT PRIS LE SOLEIL ** (2)** |
| ** EXTRAIT DE " 100 CONTES DU MONDE ENTIER " ** FLAMMARION **TEXTE DE MICHEL BOURNAUD ** |
** CONTE NORVEGIEN **
** L'OURS QUI AVAIT PRIS LE SOLEIL **
** 2 **

C'est alors qu'il rencontra le renard.
- Où vas-tu, petit homme?
lui demanda le renard.
-Je recherche l'ours pour lui
demander de rendre le soleil
afin de guérir ma petite sœur.
-Aujourd'hui, je ne sais guère
où on peut le rencontrer,
mais si tu veux, je te conduis
à la lisière de la forêt,
proposa le renard.
Arrivé là, le renard quitta Pierre,
qui poursuivit son chemin
tandis qu'une neige fine
commençait à tomber.

Il marchait depuis un long moment
quand il se trouva nez à nez
avec l'élan, qui fouillait la neige
pour trouver quelques lichens.
-Où vas-tu, bonhomme?
demanda l'animal.
- Je vais demander à l'ours
de rendre le soleil afin
de guérir ma petite sœur.
-Je vais t'accompagner
jusqu'à la montagne,
répondit l'élan.
La neige ne cessait de tomber.
Ils cheminèrent tous les deux
jusqu'au pied de la montagne.
Ensuite Petit Pierre continua
seul dans la nuit.
Il avait de plus en plus de mal
à avancer dans la neige
de plus en plus épaisse qui,parfois,
arrivait jusqu'à son ventre.
Que c'était loin!
Il finit par s'asseoir,
ne voyant plus rien,
à cause de la neige
qui l'aveuglait
et des larmes
qui emplissaient ses yeux.
Il était là depuis un moment
quand, soudain, il sentit
un souffle chaud dans son cou.
Il se retourna.
Un ours gigantesque le flairait!
L'enfant, loin d'avoir peur,
eut un sourire.
-Enfin, je t'ai trouvé!
Ouvre tes pattes,ordonna-t-il.
L'ours rit.
Il savait que les hommes l'accusaient
de garder le soleil entre ses pattes
pendant l'hiver.
Il écarta ses pattes et,
bien sûr,
il n'y avait rien.

-Où as-tu mis le soleil?
s'écria l'enfant au bord des larmes.
Le chagrin du petit Pierre
fit pitié à l'ours qui essaya
de trouver une explication.
-Ce n'est pas moi qui l'ai,
c'est un ours très vieux,
devenu frileux à cause
de son grand âge.
-Mais il a une grosse fourrure,
répliqua l'enfant.
-Même pas, dit l'ours,
il est tellement vieux
qu'il n'a presque plus de poils.
-Alors il va mourir!
Il n'a donc plus besoin du soleil!
déclara Pierre,
dans sa logique imperturbable.
-Veux-tu que je t'aide
à retrouver le soleil?
proposa l'ours, comprenant
qu'il n'aurait pas le dernier mot.
- Oh, oui! Je t'en prie,
c'est pour guérir ma petite sœur !
-Attends-moi ici, car le voyage
sera bien long. ..

A suivre...
 |  | | > Commentaire(6) | |
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| **CONTE NORVEGIEN **L'OURS QUI AVAIT PRIS LE SOLEIL ** (1)** |
| ** EXTRAIT DE " 100 CONTES DU MONDE ENTIER " ** FLAMMARION **TEXTE DE MICHEL BOURNAUD ** |
** CONTE NORVEGIEN **
** L'OURS QUI AVAIT PRIS LE SOLEIL **
** 1 **

OYEZ OYEZ BRAVES GENS,
GRANDS ET PETITS !
Voici une nouvelle histoire.
Dans les pays du Nord,
l'ours était accusé de garder
le soleil entre ses pattes
pour se réchauffer pendant l'hiver.
Un jour, un petit garçon nommé Pierre,
rentrait de l'école, tout joyeux,
faisant claquer ses sabots.
-Chut ! ...
Ta petite sœur est malade,
lui murmura sa mère.
Pierre courut à la chambre de sa sœur
et la vit toute pâle et grelottante.
Deux fois déjà ,
le médecin, venu en traîneau,
avait affirmé qu'elle avait besoin
de beaucoup de soleil pour guérir.
Or, c'était l'hiver et,
dans cette contrée,
le soleil se montrait juste un peu
au milieu de la journée.
Aussitôt, Pierre pensa à l'ours
qui gardait le soleil pendant l'hiver.
-Ce n'est pas juste, se dit-il,
l'ours a une grosse fourrure.
Ma petite sœur, elle,
n'a qu'un petit anorak.
Pierre prit sa décision :
il allait partir dans la montagne
pour réclamer le soleil à l'ours.
Le lendemain,sans avertir personne,
il prit son anorak, son bonnet
et partit à la recherche de l'ours.
Le ciel était sombre.
Tel un troll, il marcha longtemps,
très longtemps sur le sol gelé,
sous les arbres de la forêt.
-Ce n'est pas juste,se répétait-il,
l'ours n'a pas le droit de garder
le soleil
quand ma petite sœur a froid...
A suivre...

|  | | > Commentaire(1) | |
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| ** CONTE BOLIVIEN ** LES ENFANTS ETOILES ** FIN ** |
| ** EXTRAIT DU LIVRE : 100 CONTES DU MONDE ENTIER ** EDITIONS FLAMMARION ** |
** CONTE BOLIVIEN ** LES ENFANTS ETOILES **
** FIN **
  
Tous les enfants se solidarisèrent
avec Wayta car ils jugèrent
que les coups n'étaient pas
une bonne manière de faire
comprendre quelque chose.
En silence,se tenant par la main,
ils se mirent à sortir lentement
de la maison commune.
Les adultes impuissants,
ne sachant que faire,
regardaient défiler
une longue colonne d'enfants qui,
à mesure qu'ils pénétraient
dans les profondeurs de la forêt,
montaient au ciel
changés en petites étoiles
qui brillaient intensément...
Les femmes pleuraient,
es hommes tentaient
de retenir les enfants,
mais ceux-ci continuaient
à monter au ciel sans que personne
puisse y faire quelque chose.
Ce fut ainsi qu'aux temps magiques,
les Chiriguanos restèrent sans filles
et sans fils.
Et depuis, contait mon père,
nous autres, les Chiriguanos,
nous sommes très compréhensifs
et très indulgents avec les enfants.
Au lieu de les punir par des coups,
nous leur expliquons avec patience
ce qui est bien et ce qui est mal,
car nous n'avons pas oublié le jour
où ils se changèrent en étoiles.
** FIN **

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| ** CONTE BOLIVIEN ** LES ENFANTS ETOILES ** EPISODE 3 ** |
| ** EXTRAIT DU LIVRE : 100 CONTES DU MONDE ENTIER ** EDITIONS FLAMMARION ** |
** CONTE BOLIVIEN ** LES ENFANTS ETOILES **
** EPISODE 3 **

Wayta, une jeune Indienne de trois ans
qui participait pour la première fois
à la fête,entra silencieusement
et alla s'asseoir dans l'endroit
le plus obscur de la maison commune.
Elle avait peur, elle ne comprenait pas
ce qui se passait et voulait être
avec sa mère.
Pendant que les autres enfants jouaient,chantaient et riaient,
la fillette répétait d'une toute
petite voix, entre deux sanglots:
- Je veux ma maman!
Je veux être avec ma petite maman!
Dehors, la fête avait commencé
et les Chiriguanos dansaient, buvaient
et chantaient frénétiquement
autour de la flambée.
Les femmes aussi chantaient
leurs propres chansons en s'accompagnant
de grelots fabriqués
avec ces énormes gousses qui
ressemblent aux haricots verts.
La nuit s'était emparée de la forêt
et seule la lumière de la flambée
permettait de voir les silhouettes
des danseurs.
Wayta continuait à pleurer et à réclamer
sa maman; les autres enfants tentaient
de la consoler
mais elle ne les écoutait pas.
Grimpée sur un tronc d'arbre,
elle regardait par la fenêtre.
Une seule chose l'aurait consolée,
sortir de la maison commune
pour rejoindre sa mère.
La nuit avançait toujours et, un à un,
les enfants s'endormaient,
las et satisfaits.
Quand ils furent tous endormis,
Wayta sortit par la fenêtre
sans faire de bruit et,
comme elle arrivait à la fête,
elle vit que sa mère dansait
avec frénésie
comme si elle était ivre.
Avec plus de peur encore,
elle se mit à crier:
- Maman! Maman!
Les adultes,en entendant ses cris,
interrompirent leur musique,
leurs rites et leurs danses,
et rejoignirent la fillette.
Tout le monde regardait la mère et,
voyant le regard sévère
que lui lançait le vieux musicien,
celle-ci saisit Wayta
et lui donna une rude fessée.
Puis elle la ramena
dans la maison commune et l'y laissa.
La fillette pleurait et réveilla
les autres enfants, qui lui demandèrent
ce qui se passait.
Elle leur raconta que les adultes
se divertissaient de façon
très vulgaire et que, de plus,
sa mère l'avait frappée
très méchamment sur les fesses.
A suivre....
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